OPCO : pourquoi les critiques sont à côté de la plaque

Le rapport de l'IGAS pointe des inefficiences, mais les OPCO font un travail de proximité crucial pour les TPE-PME. Analyse terrain.

Temps de lecture : 5 min

Points clés à retenir

  • Proximité terrain : les OPCO, en contact direct avec les TPE-PME, sont des acteurs uniques pour accompagner les transformations des compétences.
  • Économies mal ciblées : les 200 M€ critiqués sont dérisoires face aux 11 milliards de déficit de France Compétences ou aux 15 milliards de l’apprentissage.
  • Véritable valeur ajoutée : les OPCO doivent investir dans le conseil, les outils digitaux et la formation de leurs équipes pour redevenir des opérateurs de compétences à part entière.

Les OPCO, boucs émissaires faciles

Depuis quelques mois, une petite musique enfle : les OPCO ne seraient pas performants. 11 OPCO, ça coûterait cher et n’apporterait pas la valeur ajoutée attendue. Le rapport de l’IGAS n’est qu’un élément à charge supplémentaire, qui prépare le prochain procès des OPCO, que les politiques de tout bord ne manqueront pas d’ouvrir dans la campagne présidentielle de 2027. Qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage , dit le dicton. Les détracteurs des OPCO l’appliquent à merveille, guidés par un anti-paritarisme primaire ou par des intérêts particuliers.

200 M€ d’économies : un chiffre qui claque, mais qu’il faut relativiser

Concrètement, ça donne quoi ? Le rapport de l’IGAS publié en novembre dernier estime qu’on pourrait économiser plus de 200 M€ et 1 500 emplois, en laissant entendre que les OPCO gaspilleraient l’argent public. En réalité, il s’agit de taxes prélevées sur la masse salariale des entreprises et réaffectées à la formation. Et si l’on compare ce chiffre aux autres dépenses, le constat est tout autre :

  • 11 milliards d’euros : dette cumulée de France Compétences depuis sa création en 2019.
  • 33 milliards en 2024 : financements publics et mutualisés en formation, contre 20,3 milliards en 2018.
  • Aucun déficit : de 1970 à 2018, les fonds ont été gérés de façon excédentaire par le paritarisme.
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La bonne question à se poser, c’est : pourquoi s’attacher à ces 200 M€ alors que les déficits se comptent en milliards ?

Le vrai gaspillage est ailleurs

Ce que j’ai testé (et ce qui a vraiment marché) en tant qu’ex-coordinateur pédagogique, c’est une approche terrain qui évalue la valeur réelle des investissements. Regardons les chiffres :

  • 1,5 à 3 milliards chaque année pour le CPF, sans aucune étude d’impact sérieuse sur l’employabilité des bénéficiaires.
  • 13,8 milliards du PIC sur 5 ans, qui n’a pas transformé l’accompagnement des publics éloignés de l’emploi, selon la Cour des Comptes (janvier 2025).
  • 15 milliards en 2023 pour former 1 million d’apprentis, sans évaluation des bénéfices pour l’emploi.

Pas de jargon, on reste au niveau du terrain : c’est plus facile de tirer sur les OPCO que de s’attaquer à l’explosion des montants sans contrôle sur leurs effets.

Quel avenir pour les OPCO ?

Les critiques veulent les réduire à un simple guichet pour l’apprentissage. Mais la force des OPCO, c’est la proximité : ce contact régulier qui permet de conseiller l’entreprise sur ses besoins en compétences. Un seul OPCO centralisé ou un transfert à l’ASP détruirait cette valeur.

Spoiler : c’est plus simple qu’il n’y paraît. Pour que les OPCO deviennent de véritables opérateurs de compétences, il faut les aider à investir :

  • Analyser le travail et bâtir des référentiels compétences.
  • Conseiller les managers et patrons de TPE sur l’organisation apprenante.
  • Organiser la formation en situation de travail (AFEST).
  • Mettre en place des micro-certifications pour sortir du tout diplômant.
  • Mutualiser plateformes Digital Learning et modules e-learning.
  • Accompagner la mobilité (entretien pro, bilan de compétences…).
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Pour cela, il faut former les conseillers, en recruter de nouveaux, les équiper d’outils comme des plateformes et agents IA. Ce n’est pas une dépense, c’est un investissement pour l’avenir des entreprises et de leurs salariés.

Erreur fréquente : croire que faire des économies suffit

À retenir : ceux qui préconisent aux OPCO de réduire leurs dépenses feraient mieux de réfléchir à comment les aider à mieux investir. Pour qu’ils deviennent les Learning Partners des entreprises et des branches. Et s’il leur reste du temps, ils pourraient aussi examiner les effets des milliards investis dans les dispositifs publics de formation…

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